Biographie

Découvrez le parcours d'Auguste JEAN (1829-1896), céramiste et verrier français de la seconde moitié du XIXᵉ siècle, dont l'œuvre occupe une place singulière dans l'histoire des arts décoratifs. Artiste à la double carrière, sa production céramique s'inscrit pleinement dans l'éclectisme de son époque, tandis que son œuvre verrière annonce les prémices de l'Art nouveau.

Figure du renouveau de la faïence française aux côtés de Joseph Devers, Théodore Deck ou Georges Pull, il s'impose également parmi les grands verriers de son temps, aux côtés d'Émile Gallé, de Philippe-Joseph Brocard et d'Eugène Rousseau.

19 JANVIER 1829

Naissance d'Auguste Jean

📍270, rue Mouffetard à Paris (V)

Sainte Marie François Augustin JEAN, dit Auguste JEAN nait le 19 janvier 1829 à Paris.

Il grandit au sein d'un des logements de la Manufacture des Gobelins où son père, Antoine Théodore JEAN (1797-1864), exerce en tant que dessinateur-peintre en tapisserie dans l'atelier de basse-lisse. Sa mère, Jeanne Virginie HÉRONVILLE (1806-1832), est quant à elle couturière.

ANNÉES 1850

Peintre sur céramique

📍32, rue d'Enfer à Paris (XIV)

📍44, avenue de la Santé au Petit-Montrouge (XIV) 

📍46, rue Hallé au Petit-Montrouge (XIV)

Il travaille au sein de l'atelier parisien du peintre et sculpteur italien Joseph DEVERS (1823-1882) en tant que potier et artiste peintre sur céramique.

Le 18 juin 1856, Auguste JEAN épouse Marie Claire Sophie ROUX (1832 - après 1896) en l'église Saint-Sulpice (VI) à Paris. Il réside alors au 350, rue Saint Jacques (V).

1859

Création de l'Atelier Jean

📍11, rue de Sèvres à Paris (VI)

Âgé de 30 ans, il fonde son propre atelier où il peint sur des faïences achetées auprès des manufactures de Sceaux-Penthièvre, de Bourg-la-Reine et de la Faïencerie Toul-Bellevue.

Il apparaît alors dans l'Almanach du Commerce comme "Peintre céramique, spécialité de faïences artistiques de toutes les époques et de tous les styles."

Deux ans plus tard, en 1861, nait son premier fils Sainte Marie Maurice JEAN (1861-1938). La même année, il participe pour la première fois à plusieurs expositions.

1860

Aux Forges de Vulcain

A l'occasion du déménagement de la maison de quincaillerie générale, d'outillage et de machines-outils Aux Forges de Vulcain au 3 rue Saint-Denis à Paris (Ier), Auguste JEAN réalise sa monumentale enseigne en faïence émaillée. Fondé en 1807 par Jules CHOUANARD, cet établissement est l'une des plus importantes quincailleries parisiennes de son époque.

Largement reproduite dans la presse, sur des cartes postales, des photographies et jusque sur les en-têtes de factures de la société, l'enseigne devient un véritable emblème de la maison. Les photographies de Claudine HUZA-MARECHEL et de Robert DOISNEAU attestent qu'elle est restée en place au moins jusqu'à la fermeture du magasin, en 1974.

1863

De peintre céramique à faïencier d'art

📍32, rue d'Assas à Paris (VI)

Suite au rachat par la Ville de Paris du 11, rue de Sèvres, puis à sa destruction, il déménage rue d'Assas, où il aménage un véritable atelier qui lui permet de produire ses propres céramiques. Une partie de ses créations sont aussi vendues à Londres, au 211 Regent Street.

A la même époque, le photographe Adolphe Dallemagne fige Auguste Jean avec deux de ses faïences dans son atelier Avenue de Ségur à Paris.

Cette même année est marquée par la naissance de sa fille Marie Geneviève JEAN (1863 - après 1936) et sa participation à plusieurs expositions.

1865-1871

De l'Atelier au magasin

📍39, boulevard Malesherbes à Paris (VIII)

En 1865, il ouvre un premier magasin de vente. Dans les annuaires spécialisés, il apparaît alors sous la mention suivante :

« Fayences artistiques de tous les styles et de toutes les époques. - Spécialité pour l'intérieur des bâtiments et l'extérieur. - Fayences monumentales et religieuses. - Imitation de Luca della Robbia de toutes grandeurs, ronde-bosse et bas-relief. Dallage, carrelage et panneaux de toutes les dimensions. - Toutes les peintures sont cuites au grand feu, ce qui les rend inaltérables ».

Cette même année est aussi marquée par la naissance de son second fils Charles Augustin Henri JEAN (1865 - 1926).

1868

Édification d'un nouvel Atelier

📍61, rue Dombasle à Paris (XV)

Sur ce terrain acquis dans le quartier de Vaugirard, où travaillent notamment Théodore Deck, Félix Bracquemond, Ernest Chaplet, Laurent Pull, Haviland et bien d'autres, Auguste JEAN fait construire, pour un coût de 40 000 francs, une maison d'habitation et les ateliers nécessaires à sa production.

La petite manufacture se compose : d'une pièce à émail, d'un atelier des machines, d'un atelier de moulage, d'un atelier des fours avec forge, d'un laboratoire, d'un atelier du bain de galvanoplastie, d'une chambre des moufles, de deux ateliers de peinture, d'un magasin de blanc.

1871

La Commune : destruction de sa boutique

📍Paris

Les violents affrontements durant la Commune de Paris provoquent la destruction de sa boutique du 39, boulevard Malesherbes et par la même d'une grande partie de sa production en vente ce qui le pousse à réaliser un premier dépôt de bilan.

Les documents d'insolvabilité indiquent : "Le failli déclare qu'il a subi une perte d'environ 18 000 francs, mais que la commission d'enquête ayant trouvé le magasin fermé, la porte d'office pour une indemnité de 300 francs et que plus tard, lorsqu'il voulu réclamé, il s'est trouvé sous le coup d'une forclusion."

1875

Faillite et concordat

📍Paris

Les pertes et dommages dûs aux affrontements de la Commune sont trop importants : Auguste Jean est déclaré en faillite en août 1875. Il est cependant maintenu à la tête de ses ateliers et continue à produire.

Les documents d'insolvabilité et la presse juridique et commerciale indiquent : "Il s'engage à payer l'intégralité des créances, mais sans intérêts, en 10 années consécutives et en paiements échelonnés de la manière suivante : 4% pendant les 5 premières années et 16% pendant les 5 dernières. Le premier paiement dans un an après l'homologation du concordat."

1876

Église Notre-Dame-des-Victoires

Auguste JEAN réalise les panneaux en faïence émaillées situés en partie inférieure de l'autel de la chapelle des 7 Douleurs de l'église Notre-Dame-des-Victoires. Il s'agit d'une commande particulière puisque l'église a été pillée et profanée 5 ans auparavant, lors des évènements de la Commune en 1871.

1878

Procès contre Monot & Stumpf

📍Paris

Alors qu'Auguste Jean a débuté de nouvelles recherches sur le travail du verre auquel il compte s'adonner, il intente un procès contre la manufacture Monot & Stumpf, qu'il accuse de contrefaçons pour la fabrication de verreries métallisées. Il perd cependant le procès, ne pouvant prouver que la technique employée est identique à celle qu'il utilise et pour laquelle il a déposé un brevet d'invention l'année précédente.

1879

Un tournant : la verrerie artistique

📍61, rue Dombasle à Paris (XV)

📍64, rue Hauteville à Paris (X)

En parallèle de son activité de céramiste qu'il poursuit, il investit dans une nouvelle production : celle du verre artistique pour laquelle il fonde une nouvelle société Ate JEAN et Cie

Pour ce faire, il investit dans de nouveaux aménagements et loue de nouveaux espaces consacrés à la production de verreries artistiques et notamment « à un produit de son invention auquel il a donné le nom de verre métallisé ».

1879-1882

Ouverture d'un dépôt-vente

📍64, rue d'Hauteville à Paris (X)

Il ouvre une boutique de 30m2 pour vendre ses créations verrières et dispose aussi d'un atelier de 15m2.

Le cadastre indique : "Jean. Exploitant un établissement fameux de peinture sur verre marchand de cristaux en gros."

Dans la même rue se trouve nombre d'autres verriers dont Monot & Stumpf contre qui il a intenté un procès en 1878.

1880-1883

Un agrandissement des ateliers

📍142 rue de l'Abbé Groult à Paris (XV)

En plus de son atelier dédié à la création de faïences artistiques et de son espace de dépôt-vente, il loue à proximité immédiate un espace de stockage supplémentaire rue de l'Abbé Groult formé par deux hangars pour accueillir les moules en plâtre ainsi qu'un nouvel atelier pour la seule fabrication des verreries artistiques.

1881-1883

Ouverture d'un second dépôt-vente

📍45, rue des Petites-Écuries à Paris (X)

Il ouvre une seconde boutique destinée à vendre ses créations verrières.

1883

Faillite

📍Paris

Auguste JEAN est à nouveau obligé de déposer un second dépôt de bilan. L'aventure parisienne s'achève, de même que celle de la création verrière. 

C'est son fils, Maurice JEAN, alors âgé de 23 ans et son frère cadet, Charles, âgé de 19 ans, qui reprennent péniblement les affaires exposant occasionnellement dans les salons sous le nom de JEAN Fils puis JEAN M. et C. Fils.

1887

Départ pour Vierzon

📍1, rue Sergent Bobillot à Vierzon

Il quitte finalement Paris pour s'installer dans le Cher, à Vierzon, où il réside d'abord avec son épouse et sa fille. 

Il y intègre la toute nouvelle École Nationale Professionnelle (ENP), un des premiers établissements d'enseignement technique de France, et ce en tant que chargé de l'enseignement du dessin d'imitation et de la peinture sur porcelaine au sein de l'atelier céramique.

1891

Ateliers Jean & Cie à Vierzon

📍1, rue Sergent Bobillot à Vierzon (domicile et atelier d'Auguste JEAN)

📍2, rue de la République à Vierzon (domicile de son fils aîné Maurice JEAN)

Rejoint par son fils Maurice Jean, avec qui il s'associe pour créer JEAN & Cie, ils ouvrent un modeste atelier de faïences et de porcelaines, participent à de rares expositions régionales où ils sont cependant toujours récompensés et ouvrent leur atelier de manière quotidienne au public. En plus de la production de faïences, ils se font connaître pour leurs porcelaines flammées qu'ils signent NPV.

En parallèle, les créations d'Auguste JEAN sont encore vendues à Paris, notamment chez le représentant HÉRISSAY. P, situé au 47, rue de Paradis à Paris.

3 Novembre 1896

Décès

📍Vierzon

Âgé de 67 ans, Auguste JEAN s'éteint loin de Paris et de la gloire de ses débuts, mais reconnu par ses pairs. La dépêche du Berry lui rend hommage dans la nécrologie publiée le 06 novembre 1896.

Son fils aîné, Maurice JEAN, continuera à produire des céramiques à Vierzon sous le nom de Maurice Jean & Cie avant de retourner vivre à Paris où il s'éteint en 1938.