portrait auguste jean photographie noir et blanc Adolphe dallemagne

UN PORTRAIT INÉDIT D’AUGUSTE JEAN

portrait auguste jean photographie noir et blanc Adolphe dallemagne

Récemment découverte, la photographie d’Auguste Jean par Adolphe Dallemagne, réalisée vraisemblablement entre 1862 et 1866, constitue à ce jour son seul portrait photographique connu. D’une remarquable qualité, cette image fascine autant par sa mise en scène que par ce qu’elle révèle du jeune céramiste et de la manière dont il entendait construire son image d’artiste.

Adolphe Dallemagne (1811-1882) est à la fois peintre et photographe. Dans les années 1860, il installe son atelier au 9, avenue de Ségur, à Paris. En 1866, il publie notamment sa « Galerie des artistes contemporains », un corpus de plus de 50 portraits qui réunit notamment Hyppolite Lazerges, Camille Corot, Charles-François Daubigny, Honoré Daumier, mais aussi Félix Bracquemond et Auguste Jean. Ce dernier vient ainsi prendre place dans une véritable galerie photographique des artistes de son temps. La photographie intervient à un moment important de sa carrière : alors âgé seulement d’une trentaine d’années, il commence à se faire connaître.

La composition est particulièrement théâtrale. Jean pose dans un cadre monumental de stuc, conçu comme un cadre de tableau, accompagné d’une draperie qui déborde de la composition. Ce dispositif, utilisé par Dallemagne pour plusieurs portraits, transforme la photographie en véritable composition picturale. Mais surtout, deux de ses faïences sont placées à ses côtés. Elles ne sont pas de simples accessoires : elles constituent les attributs professionnels qui permettent d’identifier le personnage. La plus grande, installée sur une colonne, occupe le premier plan. Déjà reproduite par J. B. Waring, elle est identifiable comme l’une des pièces présentées par Auguste Jean à l’Exposition universelle de Londres en 1862. Il pose délicatement sur elle une main tout en regardant directement l’objectif. Le geste établit ainsi un lien évident entre l’artiste et sa création : il désigne son œuvre, mais se désigne aussi lui-même à travers elle.

Tout dans son apparence participe à cette construction. Vêtu et coiffé avec élégance, il porte chemise blanche, gilet, cravate, chaîne de montre et veste sombre. Il apparaît debout, légèrement de trois-quarts, le visage calme et le regard assuré. Aucun outil, aucune blouse ou tenue de travail ne vient évoquer l’atelier.  Auguste Jean ne se présente pas comme un simple ouvrier faïencier, mais comme un artiste. Il semble déjà occuper la place d’un artiste reconnu, alors même qu’il est encore au début de sa carrière. Même la légende sous le cadre est révélatrice : seul le nom « JEAN » apparaît. Ses œuvres placées à ses côtés participent donc presque à sa propre identification.

Cette photographie peut ainsi être considérée comme une véritable construction de l’identité artistique publique d’Auguste Jean. Quelques années auparavant, son maître Joseph Devers avait lui aussi été photographié par Dallemagne dans un dispositif comparable. Jean reprend ici les codes de représentation de l’artiste, mais les associe désormais à ses propres créations.

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Crédits : Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie de Charenton-le-Pont, diffusion GrandPalaisRmn Photo, “Monsieur Jean”, Adolphe Dallemagne, négatif en noir et blanc, 12x18 cm, 1855-1871, (APNADLM00147AB).

Pour consulter d’autres photos d’Adolphe Dallemagne : ICI.

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